Réussir en Inde, les différences entre les Allemands et les Français

Chacun son style. Lorsque les Français et les Allemands se lancent en Inde, les approches peuvent diverger explique Marita Maier, en charge de la liaison entre les bureaux EY France et Allemagne en Inde.

Entreprises françaises, entreprises allemandes, qui s’installe en Inde ?

Marita Maier EY India Allemand français

Marita Maier

J’ai été surprise, en arrivant ici, par la différence de profil entre les entreprises. Cela reflète bien, en réalité,  le tissu industriel de chaque pays.

Concernant les entreprises françaises, on retrouve en Inde les filiales de grands groupes et de quasiment toutes les sociétés du CAC 40.

Du côté des Allemands, quelques très grandes entreprises, comme Siemens et BASF sont installées depuis longtemps en Inde. Mais on trouve également une multitude d’ETI et de PME, qui viennent s’installer à la suite de ces grands groupes – c’est particulièrement vrai dans le secteur industriel tel que l’automobile. Cela reflète assez bien le tissu industriel des deux pays : de nombreuses PME familiales en Allemagne n’hésitent pas à se lancer à l’international. En France, il s’agit de très belles grandes entreprises. En revanche, on trouve moins de sociétés familiales pour qui les risques liés à des investissements à l’étranger représentent encore un frein réel.

Comment Allemands et Français abordent-ils le marché ?

Pour qu’une entreprise, ou une filiale devienne autonome et rentable en Inde, il faut compter 3 à 8 ans compte tenu de la complexité du marché et toujours aussi de la lourdeur des procédures administratives. Dans un environnement de grand groupe soumis à la pression de la rentabilité, cela est souvent considéré comme trop long et certains renoncent face aux trop nombreux obstacles, comme par exemple Peugeot et Carrefour.

Des entreprises allemandes comme BASF et Siemens sont là depuis plus de 50 ans. Les difficultés sont déjà loin derrière eux. Et en ce qui concerne les PME et ETI allemandes, auxquelles sous-traitent ces grands groupes, elles peuvent compter sur eux comme clients dès leur arrivée en Inde.

En résumé, les clés de succès pour tous, c’est d’avoir une vision à long terme et aussi la volonté de s’investir et de s’engager à côté des partenaires indiens.

Pourquoi choisir l’Inde ?

Pour cela, Allemands et Français sont bien d’accord. C’est d’abord la stabilité politique et économique. Ensuite, le marché intérieur bien sûr : 1,2 milliard d’habitants dans un pays dont la superficie est plus vaste que l’Europe, c’est colossal. Les besoins à venir ou déjà existants sont très intéressants en termes de croissance pour n’importe quelle entreprise européenne ou américaine.

Enfin, la main d’œuvre est peu coûteuse mais qualifiée. Tout le monde ou presque parle plus ou moins anglais. Il y a un bon système éducatif avec des écoles de commerce ou d’ingénieurs.

Les entreprises françaises, très présentes dans les domaines de l’ingénierie, des infrastructures et de l’aéronautique, ont donc à leur disposition un pool de jeunes talents motivés et dynamiques.

Côté allemand, le système de la dual education  a été introduit en Inde avec l’appui de la Chambre de commerce indo-germanique et des entreprises, sur les mêmes principes de l’apprentissage qu’en Allemagne, il y a déjà 20 ans. Les jeunes passent la moitié du temps à étudier en cours et l’autre moitié en apprentissage pour ainsi former la main d’œuvre qualifié dans les usines des entreprises allemandes installées en Inde.

 

En terme de coût de main d’œuvre pourtant, l’Inde perd son attrait 

Il est vrai que d’autres pays de la région émergent. Le Vietnam, la Malaisie, les Philippines ont aussi une main d’œuvre peu coûteuse. Qu’il s’agisse de fabrication ou de call centers, ces pays attirent de plus en plus les investissements étrangers.

Le gouvernement de Narendra Modi cherche à réformer le pays pour rendre l’Inde plus attractif. La campagne ‘Make in India’ lancée par le gouvernement en 2014 cherche non seulement à attirer les entreprises et de nouveaux investissements mais répond aussi à un besoin du marché intérieur : actuellement l’industrie ne représente que 15% du PIB, les services, 70%. Il y a d’énormes besoins, en termes de création d’emplois pour les jeunes (10 millions chaque année arrivent sur le marché du travail). Industrialiser le pays prend tout son sens, mais c’est une tâche titanesque.

Dans les relations avec les Indiens, Allemands et Français ont-ils les mêmes avantages ou problèmes ?

On retrouve bien sûr les différences culturelles qui caractérisent chacun des pays. Je dirais qu’il existe davantage de similitudes entre Français et Indiens qu’entre Indiens et Allemands. Pour schématiser quelque peu, les Français savent s’adapter et prendre avantage d’une situation en contournant les obstacles tandis que les Allemands gardent une approche un peu plus structurée et directe. Dans un pays aussi complexe que l’Inde, il faut de tout pour réussir et ce qui compte à la fin, c’est d’avoir atteint ses objectifs.

Quels sont vos conseils pour réussir en Inde ?

Il ne suffit pas d’avoir la bonne idée ou le bon produit. Par exemple, un produit français ou allemand lancé tel quel sur le marché indien n’a que peu de chances de réussir. Il faut vraiment s’adapter aux goûts et particularités locaux et pourvoir proposer un prix compétitif, sinon les gens n’achètent pas. En gros, ce qui fonctionne, c’est ce qui a été appelé la frugal innovation : adapter un produit occidental au marché local en termes de goût, de coût et d’utilité.

Ce qui selon moi est également important, il faut trouver les bons partenaires, le bon appui local pour être sûr de bien comprendre et appréhender les spécificités du marché. Il ne faut cependant pas se lancer dans un partenariat à l’aveugle, mais apprendre à bien connaître ses partenaires et comprendre leur culture et mode de fonctionnement afin de s’assurer qu’aussi bien l’entreprise que les partenaires mettent tous les atouts de leur côté pour réussir en Inde.

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