Inde : 14 règles pour réussir une expatriation

L’expatriation : un incontournable pour vous implanter durablement sur le marché indien. Vous souhaitez développer votre activité indienne et commencez à envisager l’expatriation ? Que vous soyez vous-même expatrié ou que votre entreprise souhaite vous envoyer en Inde, un seul mot d’ordre : la préparation!

Savez-vous que plus de la moitié des échecs des entreprises françaises en Inde sont liés à un échec d’expatriation ? Ne prenez pas le risque de vous planter en Inde pour pour n’avoir pas anticipé ce qui est à la base de toute réussite : le facteur humain !

Mettez toutes les chances de votre côté pour réussir votre expatriation ou celle de vos collaborateurs ! Cela vous sera utile en Inde … et dans n’importe quel autre pays !

L’expatriation d’un collaborateur en Inde

 

1 – Ne choisissez pas le collaborateur le plus compétent…

On pense souvent qu’il faut envoyer les gens les plus qualifiés, les plus experts dans leur domaine pour mettre en place ou développer une entreprise. En Inde, plus que les compétences techniques, c’est la personnalité de l’expatrié qui compte. Elle doit correspondre à la mentalité du pays.

Le relationnel y est fondamental. C’est une oriented relationship culture ! Si vous vous expatriez en Inde, il faut avoir envie d’aller à la rencontre des gens, discuter avec eux, vous intéresser à eux. N’hésitez pas à prendre le temps :  small talk et discussions informelles avec vos collaborateurs et collègues sont une des clefs du succès. En France, au contraire, c’est la culture de l’objectif et du résultat qui prime. Un vrai décalage dont il faut tenir compte. Vous risquez sinon de peiner justement pour atteindre les objectifs.

Si vous devez envoyer un ou des collaborateurs, ne choisissez pas forcément ceux qui sont le plus à la pointe. S’ils se montrent trop rigides et uniquement animés par l’atteinte des objectifs, ils risquent de se planter. Celui qui prend le temps de connaître les gens, de parler avec eux de leur famille et de leur vie en dehors du travail, qui est plus flexible – pourvu que le travail soit fait – obtiendra de bien meilleurs résultats.

 

2 – Vous devez convaincre le conjoint : il assure la réussite de l’expatriation

Aussi paradoxal que cela paraisse, 90% de la réussite de l’expatriation repose non pas sur votre collaborateur, mais sur son conjoint. Lorsque vous avez repéré le candidat idéal à l’expatriation en Inde, sondez également son conjoint. Si ce dernier supporte mal l’expatriation, cela pèsera sur votre collaborateur… et sur son travail!

“J’avais formé un couple qui allait partir en expatriation” se rappelle Ashok Pakiam, formateur interculturel. “Autant le mari était enthousiaste, se reconnaissait parfaitement dans la façon d’être et de travailler des Indiens. Autant son épouse ne s’y voyait pas du tout. Je lui ai expliqué que soit il renonçait au poste, soit cela poserait des problèmes avec sa femme. Ce serait dur à vivre pour lui :  sa femme n’aimera pas l’Inde. Quelques années plus tard, j’ai eu de ses nouvelles indirectement. Sa femme est revenue au bout d’un an. Lui-même a demandé à renouveler son contrat en Inde. Entre-temps, ils avaient divorcé”.

expatriés en inde : l'importance du conjoint dans la réussite de l'expatriation

Si vos collaborateurs ont des enfants en bas âge, peu de chance qu’ils acceptent de s’installer dans des villes aussi polluées que Delhi ou Bombay. “La plupart des expatriés à Delhi aujourd’hui sont des célibataires entre 25 et 35 ans” remarque François de Thomasson, CFO pour l’Asie du Sud du groupe Bolloré.

 

3 – Investissez dans la formation

En particulier dans la formation interculturelle : vos collaborateurs doivent savoir à quoi s’attendre, comment fonctionnent les Indiens, le pays, l’administration. Et observez-les durant la formation. Leurs réactions vous en diront long sur eux, sur leur personnalité et s’ils sont prêts à partir…  ou pas !

Encouragez-les aussi à se renseigner d’eux-mêmes, à lire sur le pays, voire à se rendre sur place. “Nous avons eu la chance de pouvoir faire un voyage en Inde avant de nous y installer, expliquent François et Diane, installés à Delhi depuis 3 ans et demi. Nous avons pu rencontrer le prédécesseur de François, sur place, visiter les écoles, nous rendre compte du mode de vie. Cela évite les désillusions. Le pays est compliqué au quotidien. Il arrive que des expatriés ne le supportent pas et dépriment.”

4 – Découvrez pourquoi vos collaborateurs veulent s’expatrier

Ne sous-estimez pas cet aspect. Nombre de cadres souhaitent quitter la France, au moins pour un temps. Ashok Pakiam pose la question, au cours de ses formations : “la réponse la plus fréquente, c’est l’ouverture sur le monde. Les gens me disent : on y va pour nos enfants, qu’ils puissent voir le monde et aient d’autres opportunités.” Il y a donc un désir d’ouverture. S’il s’agit seulement de fuir des problèmes personnels ou autres, les difficultés inhérentes à l’expatriation s’ajouteront à d’autres difficultés. L’expatriation n’en sera que plus compliquée.

 

5 – Apprenez la patience au niveau managérial

Ne demandez pas l’impossible à vos expatriés. Ne leur mettez pas la pression. N’oubliez pas qu’en Inde les choses prennent du temps, beaucoup de temps. N’imposez pas des délais impossibles à tenir, ne fixez pas des résultats irréalisables, surtout si vous venez à peine de débarquer sur le marché. Au contraire, laissez une certaine marge de manœuvre à vos collaborateurs, permettez-leur de faire des tests pour trouver de nouveaux marchés… Bref, comprenez quels sont leurs défis et leur marge de manœuvre.

 

Si vous êtes vous-même expatrié

6 – Evitez le piège du biais culturel

Esprits cartésiens, soyez avertis : raison et logique ne sont pas les mêmes en Inde.  Ils existent … mais ce ne sont pas les mêmes! Vous devez en prendre conscience. Surtout ne croyez pas que les Indiens ne soient pas cohérents. Ils réfléchissent de façon différente.

Nous avons tous tendance analyser, interpréter et juger les choses à partir de nos propres références culturelles. Cela n’a rien à voir avec notre connaissance du sujet, ou notre niveau d’expertise. Cela relève du système de valeurs, de la culture à laquelle nous nous référons. En l’occurrence, il s’agit de représentations de la réalité. Il existe donc autant de représentations ou d’illusions de la réalité que de cultures.

Être conscient qu’on voit la réalité à l’aune de sa propre culture est capital. Cela vous évitera bien des désillusions et des incompréhensions en Inde. “Il faut accepter que les choses fonctionnent différemment.” Si le comportement de vos collaborateurs / collègues ou partenaires  indiens vous semblent obscurs, cherchez à comprendre leurs références culturelles, et la logique selon laquelle ils fonctionnent.

Un exemple : demain en occident signifie clairement le jour suivant. Dire à votre collaborateur de préparer un document pour demain, en France, est clair. En Inde, non ! Le temps est cyclique et non pas linéaire. Un concept dur à comprendre pour les occidentaux mais fondamental pour travailler avec les Indiens. En hindi, demain et hier se disent de la même façon (kaal / कल ), c’est la concordance des temps qui vous permettra de comprendre la différence. Bref, si quelque chose est “pour demain”, soyez précis sur les délais, donner des dates.

 

7-  Faites-vous des amis indiens

Face à la complexité du pays, la tentation est grande de rester entre soi, de se rassurer avec des gens ayant les mêmes références. Et les communautés françaises en général s’y prêtent bien : établissements français, consulats, association du type Delhi Accueil ou Bombay Accueil qui accueillent et intègrent les Français à peine expatriés en Inde. C’est rassurant, mais vous aurez vite fait de vous retrouver en vase clos et de passer à côté de ce que l’Inde peut vous apporter.

N’hésitez pas à sortir de cette zone de confort et essayez de vous lier avec des Indiens. Et puis comme occidental, ce ne sera pas difficile. Les Indiens sont très ouverts et accueillants. Et le français est connoté positivement dans le pays. “Beaucoup d’enfants étudient le français en classe dès le primaire” remarque Diane.

Si vous avez des enfants, vous pouvez choisir une école anglaise plutôt qu’une école française. Si vous êtes célibataire, avoir des activités culturelles, sportives en dehors du travail vous permettra de vous lier d’amitié avec des Indiens et de vous familiariser avec des systèmes de pensée et de valeur bien différents de ce que vous connaissez.

 

8- Ne sous-estimez pas l’importance de la famille

Cela vous permettra de comprendre un autre système de valeurs  : ”la famille , la religion,  l’argent sont très importants expliquent François et Diane. Les cercles autour de la famille sont essentiels. Chez nous, nous avons différents réseaux qui ne se mélangent pas : amis, écoles, associations. C’est le contraire en Inde. “Mon frère” “ma soeur” désignent en fait des cousins,  des “cousins” sont en fait des amis super proches de la famille. Le sens de l’inclusion en termes de famille et de réseau”.

Et cela joue aussi dans le monde des affaires. La grande majorité des entreprises sont familiales. Et les gros conglomérats ont à leur tête des familles entières : les Tata, les Ambani à la tête du groupe Reliance, les Premji, fondateurs de Wipro… Plus vous évoluez dans des cercles proches de ces familles plus vous êtes puissant.

 

9 – Restez humble

“Les Indiens ont tendance beaucoup à se moquer de notre arrogance. Ils peuvent s’amuser, ne pas être totalement francs avec nous”. Il faut savoir rester humble insiste François. “Les gens qui partent pour implanter une boite ne doivent surtout pas croire que tout leur est acquis. Les Indiens n’ont pas besoin de nous. Il ne faut pas arriver en pensant : ils n’y connaissent rien et je vais leur apprendre. C’est une erreur fréquente des Occidentaux de croire qu’on a les méthodes.”

Saint Gobain a adopté une stratégie efficace pour cela.  Le PDG de la filiale est indien. Les expatriés rapportent donc toujours à un big boss indien, ce qui les obligent à faire attention à leur comportement explique Ashok.

Même chose au niveau professionnel remarque François : “Quand je pense avoir compris comment quelque chose fonctionne, j’ai souvent des surprises. Il faut sans cesse se réadapter, se remettre en cause. On n’a jamais la maîtrise de tous les sujets.”

 

10 –  Adoptez un management patriarcal…

En France, rappelle Ashok Pakiam, la hiérarchie est vécue comme une stratification avec des séparations bien claires entre les différentes strates, liées aux diplômes, aux expériences…”En Inde, l’organisation est aussi pyramidale, mais l’approche managériale est beaucoup plus patriarcale. L’Indien est sécurisé par l’encadrement, car il n’est pas seul. C’est comme une famille. Il y a interdépendance. Le patron comme l’employé ont besoin de l’un de l’autre”.

Expatriation en Inde : ne pas sous estimer l'importance du small talk

 

Enfin ne sous-estimez pas le pouvoir du small talk. Une fois compris le fonctionnement général, une fois que vous aurez appris à connaître et construit des relations de  confiance avec vos collaborateurs, le quotidien sera beaucoup plus facile. “Je travaille avec des gens de qualité sur lesquels je sais que je peux m’appuyer par exemple sur les questions de financières, juridiques fiscales, IT…. C’est plus de confort dans le quotidien” remarque François.

11 – Prenez votre temps pour faire du business

C’est fondamental…. mais trop souvent oublié! Prenez le temps de savoir avec qui vous allez travailler. Surtout au début, “il faut faire attention à tout, toujours se renseigner à l’avance, vérifier la solvabilité” insiste François. On n’est jamais trop prudent. Surtout que les entreprises étrangères sont des proies faciles pour des associés potentiels peu scrupuleux.

Combien d’entreprises sont revenues d’Inde en se plaignant d’avoir été flouées? Blindez votre dossier, vérifiez et revérifiez chaque point de vos accords, de votre joint-venture, chaque clause de contrat avec vos clients, même si cela demande plus de temps. Comme le disent volontiers les Indiens à leurs partenaires occidentaux : “Vous avez la montre. Nous avons le temps.” Prenez le temps donc de bien assurer vos arrières, surtout lors des longues négociations. Ce ne sera jamais perdu.

 

12 – Préparez-vous à affronter l’administration indienne

Pas moyen d’y échapper ! Entrepreneurs, entreprises ou particuliers, tout le monde  y est confronté un jour ou l’autre, plusieurs fois à plusieurs titres. Concernant le business, « les entreprises étrangères doivent absolument être en règle” souligne François. Parce qu’elles sont visibles donc exposées.

“C’est un pays très compliqué au niveau réglementaire. Et l’administration indienne est très nombreuse, notamment au service des taxes. Les boîtes sont systématiquement contrôlées tous les ans.  Car les administrations disposent de suffisamment de staff pour venir chaque année. Il ne s’agit pas forcément des fonctionnaires les plus compétents, ni des plus lettrés. Il faut se battre sans arrêt et cela prend du temps. En pratique, cela se solde souvent par des litiges avec l’administration commerciale ou avec les clients. On sait qu’on en prend pour 20 ans dans les tribunaux. Ce n’est pas un problème pour les Indiens…Toujours cette fameuse notion du temps qui est bien différente ici”.

13 – Prenez le temps de vous installer … vous et votre famille

“Tout est différent ici » insiste Diane. « Rien que pour faire ses courses, cela prend du temps de savoir où l’on peut trouver les différents produits. Tu vas d’un magasin à l’autre pour trouver les choses. Organiser ta vie prend du temps. Et puis il faut s’habituer : ce qu’on trouve dans un magasin un jour, on ne l’y trouve plus une semaine après. Après 3 ans en Inde, on a nos adresses pour se nourrir, pour sortir. On sait gérer les gens. Mais cela prend du temps, beaucoup de temps pour s’adapter. Entre 9 mois et un an. C’est un pays rude, car pauvre et cette pauvreté, on la voit tous les jours dehors. On doit perdre nos réflexes d’occidentaux. Par exemple d’aller au supermarché pour faire les courses. En Inde ça ne marche pas comme ça.”

expatriation en inde : appréhender les différences

Votre conjoint va aussi songer à ce qu’il/elle fera le temps de l’expatriation. Diane, qui avait monté son entreprise lors d’une précédente expatriation à Singapour, a dû mettre en sommeil son activité : son visa ne lui permet pas de travailler en Inde. “Au début, je me suis surtout occupée de l’organisation du quotidien. Cela demande beaucoup de temps et d’énergie. En suite, j’ai fait pas mal de bénévolat avec des ONG et l’association de parents d’élèves qui comme dans toutes les écoles internationale est très active. Et il m’arrive de donner des cours de français”

 

14 – Préparez le retour d’expatriation

Partir est une chose. Mais revenir en France après une expatriation en Inde ne doit pas être pris à la légère. On ne revient pas indemne surtout d’un environnement aussi complexe et éloigné que l’Inde. L’ancien expatrié peut vouloir parler de son expérience, partager ce qu’il a vécu et appris. “Mais c’est souvent peu ou mal perçu par ses collègues restés en France” remarque Ashok.

Vous devez absolument prévoir avec vos expatriés comment va se passer leur retour : quel poste occuperont-ils ? Comment pourront-ils faire profiter votre entreprise de ce qu’ils ont appris en Inde ? Profitez de leur expérience :  qu’ils permettent à votre entreprise de bénéficier de la flexibilité apprise en Inde !

 

En résumé

Si vous ne deviez retenir que trois points pour une expatriation en Inde, n’oubliez pas :

  • Soyez flexible, faites preuve d’adaptabilité
  • Apprenez à être patient. C’est fondamental et cela vous aidera à accepter l’Inde comme elle est.
  • Réussir son expatriation en Inde, c’est d’abord une question de personnalité : selon votre personnalité et celle de votre conjoint, votre expatriation sera une très belle expérience (certains s’y sont tellement plu qu’ils y sont restés) ou un cauchemar.

 

Cela vous servira ensuite où que vous alliez. Qui a été expatrié en Inde peut ensuite se rendre dans n’importe quel pays : l’adaptation n’est plus un problème.

 

Et surtout donnez-nous votre retour d’expérience. Dites-nous ce qui vous a aidé ou vous aide lors de votre expatriation en Inde et selon vous, ce qu’il ne faut surtout pas faire.

 

Besoin d’aide et de formation pour réussir votre expatriation et celle de vos collaborateurs ? Faites appel aux professionnels d’India Direct : des consultants bi-nationaux qui sauront vous aider à comprendre et à appréhender le marché indien.

 

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