La France et les Français …. vus par l’Inde

Comment les Indiens voient la France ? Quels sont les atouts des Français pour réussir en Inde ? Conseiller principal en stratégie du Global Development Network, Tuhin Sen est titulaire d’un Master of Public Affairs obtenu à Sciences Po Paris en 2007. Mais c’est surtout un amoureux de la France, qui s’est donné les moyens (et c’était loin d’être facile !) de passer un an dans un pays qui le fascinait.

Qu’est-ce que les Indiens connaissent de la France? 

Tout dépend de la personne à qui vous posez la question. Un homme d’affaires de Delhi connaîtra le Louvre, Dom Pérignon, le Ritz à Paris, Chanel, Louis Vuitton, Cannes, Saint-Tropez, le Lido, le Crazy Horse, ce genre de chose.

Un Bengali de Calcutta connaîtra la Sorbonne, Sartre, Beauvoir, Camus, Godard, Derrida, Cartier-Bresson, Doisneau, Monet, Manet, la révolte étudiante de 1968, les cafés (sans avoir les moyens d’y aller, ceci dit).

Pourquoi avoir choisi la France pour faire votre MPA ?

Je suis tombé amoureux de la France sans y avoir jamais mis les pieds. J’aimais cet esprit qui a donné naissance à la Renaissance, à l’art, à la culture, au cinéma, à la musique, à la nourriture aussi. Ayant grandi à Calcutta, qui est assez occidentalisée, je pouvais m’identifier à la littérature française (même si je ne peux lire que des traductions) : le début de L’Étranger de Camus : «Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. ». Un tel détachement stoïque des liens filiaux était choquant mais surtout le signe d’un système de croyances très évolué. C’était du moins mon impression quand je l’ai lu à 18 ans. Je me rappelle aussi Catherine Deneuve, dans Ma saison préférée, que j’ai vu bien plus tard.

J’ai fait un énorme sacrifice personnel et professionnel en m’arrêtant de travailler pour aller étudier à Sciences Po. Je tenais absolument à cette expérience. J’ai quitté un poste en or de directeur artistique dans l’une des agence de pub les plus connues au monde, ai vécu avec 700 euros par mois (ce qui est moins qu’une nuit au Ritz, je suppose). Mais j’ai tellement gagné au change.

Comment les Français voient-ils l’Inde ?

Pour les Français, l’Inde est un pays chaotique, avec des nuances culturelles difficiles à comprendre. Ils pensent également que les Indiens sont chaleureux, amicaux et bien disposés envers la France, mais aussi qu’il est très difficile de faire des affaires en Inde. C’est un pays qui dispose de ressources intellectuelles énormes, et qui offre de multiples compétences, même si les Français estiment que les Indiens ne respectent jamais les délais.

Quelles sont les plus grandes erreurs commises par les Français à propos de l’Inde ?

Tout simplement de juger l’Inde d’après une seule expérience, survenue dans une partie de l’Inde et de l’extrapoler au reste du pays. Par exemple, Calcutta, où je suis né et où j’ai grandi, est une ville où la culture française est transmise de génération en génération. J’ai grandi en regardant les films de Truffaut, Buñuel, Jean Renoir. Nous connaissons les œuvres de grands artistes français, même si nous n’avons pas les moyens d’aller les admirer sur place.

Un Indien originaire de Delhi peut visiter Paris chaque été pour rester à la page, profiter de la gastronomie et des paysages français, mais il n’aura pas la moindre idée de ce qu’est l’âme de la France. Que les Français mettent ces deux Indiens dans le même panier est une erreur. L’Inde est composée de la diversité des Indiens.

Quelles sont les forces (et les faiblesses) des Français pour réussir en Inde ?

Les Français sont sensibles, perceptifs. En France, les gens lisent dans le métro, sont éduqués et possèdent la sensibilité culturelle nécessaire pour apprécier la diversité de l’Inde.

Ne pas parler anglais couramment est leur point faible. Le manque d’immersion culturelle aussi. Les jeunes Français vont en Europe, en Afrique francophone, en Amérique latine, pour élargir leurs horizons, mais ils ne vont pas en Inde. Du coup, lorsqu’ils viennent ici comme entrepreneurs, ils luttent pour comprendre la réalité locale.

Qu’est-ce que les Français auraient intérêt à connaître de l’Inde avant d’y aller ?

Regardez au-delà de Bollywood. Voyagez dans d’autres États et d’autres villes que les habituels spots touristiques. Venez étudier en Inde ou faire des stages. Cherchez à comprendre les aspirations de la nouvelle classe moyenne et tout ce qui fait qu’un Indien est fier d’être indien. Allez visiter les quartiers, pas seulement les monuments, pour comprendre les masses qui migrent vers les villes. Et regardez le cinéma régional : c’est la meilleure fenêtre pour comprendre l’âme diverse de l’Inde.

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L’Inde, un laboratoire à suivre

Un immense laboratoire où se dessine le monde de demain, telle est l’Inde que connaissent Nicolas Miailhe et Brune Poirson.

Un laboratoire où se dessine le monde de demain

Passionnés par ce pays où ils ont vécu et travaillé pendant une dizaine d’années, ils ont fondé Sisyphos, un groupe de réflexion visant à promouvoir des partenariats franco-indiens autour de la compréhension et de l’exploitation des nouvelles technologies. « Les problèmes d’éthique qui se posent en Inde et en France sont les mêmes. Or l’Inde est un laboratoire. Il faut suivre ce qui s’y fait car c’est là que se créent les moyens de demain » explique Nicolas, aujourd’hui en Master of Public Administration à la Harvard Kennedy School of Government.

A leur actif,  ils sont à l’origine de la rencontre entre Sam Pitroda, entrepreneur de génie à l’origine de la révolution des télécommunications en Inde et l’ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine. De cette rencontre est né le think tank People for Global Transformation qui rassemble une quinzaine de personnalités, réfléchissant à des recommandations politiques innovantes sur le développement urbain du 21ème siècle.

Une nation d’entrepreneurs

« Le secteur formel, soumis aux régulations et à la législation de l’Etat ne représente que 8% de l’économie indienne. Tout le reste vient du secteur informel, et de ces centaines de milliers de petites entreprises familiales, qui font vivre les familles et les communautés. Les Indiens sont des entrepreneurs-nés. Ils se diversifient et il n’est pas rare qu’ils gèrent plusieurs affaires en même temps. Cela se retrouve à tous les niveaux, jusque dans les multinationales comme Tata, acteur mondial de l’industrie automobile comme des télécoms » rappelle Nicolas Miailhe

Et une administration … pesante

Si les entrepreneurs français se plaignent régulièrement de l’administration, les Indiens, eux, cherchent par tous les moyens à éviter de s’y confronter et pallient en privé les défaillances du système. « Les Indiens ont une expression, in spite of the government, pour exprimer leur résignation face à l’incompétence mais aussi la puissance du gouvernement » explique Nicolas Miailhe. « C’est pourtant le gouvernement qui a éradiqué la famine, qui a mené la Révolution verte et qui alphabétise les populations ».

L’arrivée au pouvoir de Narendra Modi est un signal encourageant pour les entrepreneurs. Le Premier Ministre a axé sa campagne sur le développement du Gujarat qu’il a gouverné pendant plus de 10 ans, où il n’a cessé d’attirer les entreprises. « Même si le Gujarat a toujours été un état avancé en Inde, Modi a mené un bon travail de développement. Il est à l’écoute des milieux économiques.».

Des défis gigantesques à la mesure du pays

Et tout d’abord celui des infrastructures  : la mauvaise qualité des routes, de la distribution de l’eau ont un coût élevé, notamment pour les entreprises. Si certains Etats cherchent à améliorer leurs infrastructures, tous ne font pas cet effort : « L’Inde est un Etat fédéral, et dès que des élections approchent, tout s’arrête » explique Brune Poirson. « Sans oublier que la société civile est très réactive, par exemple sur les questions d’environnement. Les populations, les associations sont capables de ralentir de nombreux projets ».

Inde, un laboratoire pour surmonter les défis des infrastructures et de l'éducation

©image Pixabay

Autre défi de taille : l’éducation. Chaque année, des millions de jeunes arrivent sur le marché du travail. Le défi est de les former en amont, et bien, car l’économie a besoin de compétences. Pour Sam Pitroda, l’éducation en Inde est à réinventer et à adapter à la réalité indienne grâce aux nouvelles technologies notamment : chacun peut avoir accès au savoir, grâce à internet. L’enseignant n’est plus là pour dispenser le savoir, mais accompagner l’apprentissage.

La formation professionnelle n’existe pas, ce sont les entreprises qui se chargent de former leurs employés. Ainsi, quand Accor est arrivé en Inde, il a d’abord sous-traité la formation des employés au groupe Tata, propriétaire notamment des Taj Hotels Resorts and Palaces, qui possède sa propre école hôtelière.

Les limites du fédéralisme

Être la plus grande démocratie du monde comporte quelques inconvénients : difficile de concrétiser les initiatives au niveau national comme la « good and services tax », sorte de TVA à l’état de projet depuis des années. En attendant, persistent entre Etats des barrières tarifaires et le système fiscal est loin d’être unifié.

Les licences nécessaires pour exercer une activité peuvent varier d’un Etat à l’autre. Tout cela complique singulièrement la vie des entreprises qui veulent s’installer en Inde. Une seule solution s’impose : trouver le bon partenaire, qui comprenne exactement ce que vous voulez faire, vos besoins, afin de mettre en place le meilleur partenariat possible (co-entreprise, transfert de connaissances/de technologies…).

Pour Nicolas Miailhe, les mutations actuelles en Inde préparent le monde de demain: « C’est un immense laboratoire. Avec le ralentissement de la croissance, l’Inde est en crise, elle veut se réinventer. Mais elle le fera de manière innovante ».

 

 

 

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Déchets : un nouvel acteur franco-indien

Spécialiste du traitement par méthanisation et du stockage des déchets ménagers et industriels, le groupe Lhotellier Ikos et Mailhem, une entreprise indienne qui produit du biogaz à partir des déchets se sont associés pour devenir un acteur phare d’un secteur qui devrait connaitre une forte croissance: la gestion des déchets en Inde.

Business developper d’Ikos, Cyril Rollinde explique les dessous de cette fusion.

Des entreprises qui se ressemblent

Avant de nous lancer, nous avons pris le temps, pendant un an, d’étudier le marché indien de la gestion des déchets, les contraintes, les règlements et de trouver de bons contacts. Nous ne voulions pas nous lancer seuls.

Nous avons rencontré une trentaine d’entreprises, partenaires potentiels qui travaillaient dans ce secteur en Inde. Nous avons décidé d’exclure les plus petites, et les plus grosses qui souhaitaient seulement s’introduire sur le marché français. C’est ainsi que nous avons fini par nouer un partenariat avec Mailhem, une entreprise de gestion de déchets située à Pune.

Ikos et Mailhem ont des points communs, ce qui a facilité le rapprochement : Mailhem possède une belle expérience en méthanisation des déchets (les déchets organiques sont cumulés dans une cuve pour récupérer le biogaz qui s’en dégage et le transformer en courant électrique), qui est aussi l’un des points forts d’Ikos.

Toutes deux sont des entreprises familiales. Ikos fait partie du groupe Lhotellier (fondé en 1919), qui est dirigé par la même famille depuis quatre générations. Mailhem a été fondée il y a presque 20 ans et repose aussi sur une structure familiale.

Construire des relations de confiance

La famille qui dirige Mailhem est très moderne, a vécu à l’étranger, donc nous n’avons pas eu de mal à nous entendre. Le président de Mailhem est un ancien colonel de l’armée. Il est très droit, très clair, dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit, ce qui n’est pas fréquent dans le monde des affaires. Les relations ont parfois été tendues, mais toujours efficaces. De plus, sa précédente carrière lui a fourni un réseau important, il a accès aux personnalités politiques et sait convaincre ses interlocuteurs.

Pendant 2 ans, nous avons d’abord entretenu des relations commerciales avec Mailhem. Avant de conclure la fusion définitive, le président d’Ikos s’est rendu en Inde à plusieurs reprises. De même, le président de Mailhem est venu visiter la structure française. En dépit des tensions inhérentes à ce type d’accord (répartition des rôles, investissements et rôle de chacun…), nous sommes parvenus à construire des relations de confiance.

Gestion des déchets: naissance d’un nouvel acteur international

Mailhem est une entreprise indépendante, qui marchait bien commercialement parlant. Elle était arrivée au moment où elle avait besoin de se développer. Or, il se trouve que Ikos à ce moment-là, disposait de pas mal de liquidités. Ikos a donc racheté 70% du capital de Mailhem. C’est cependant la famille fondatrice qui reste à la tête de Mailhem en Inde.

La mise en place de Mailhem Ikos n’a pas posé de difficulté. Nous avions de bons avocats et de bons comptables, mais il faut savoir que chaque étape administrative en Inde est complexe.

Un investissement à long terme

Autre chose à savoir : il était, à l’époque où nous avons réalisé cette opération, très compliqué d’amener des capitaux étrangers en Inde. Nous avons réussi car nous remplissions les conditions pour bénéficier d’une condition spécifique. Or jusqu’à récemment, un étranger ne pouvait prêter d’argent à une entreprise indienne. Ceci dit, la situation est en train d’évoluer.

Et il est quasi impossible de rapatrier son capital. Qui se lance en Inde doit donc envisager une action à long terme ou investir son argent sur place. Le court terme n’existe pas. C’est un marché au potentiel gigantesque, où il faut savoir prendre son temps. Le rythme des décisions est beaucoup plus lent, qu’il s’agisse des clients ou des fournisseurs ce qui ne manque pas de nous déstabiliser, en France.

Une bouffée d’oxygène

Ikos est présent en France, en Inde et au Canada. Pour le président d’Ikos, ce développement international a donné une bouffée d’oxygène à l’entreprise française.

Même si les entités françaises et indiennes restent très différentes, c’est très positif pour l’entreprise d’être sur un marché émergent, dynamique plutôt que de se battre uniquement sur le marché national soumis à une pression croissante sur les marges, les normes, etc. Et les technologies indiennes nous ouvrent des portes. Notre partenaire, dans la gestion des déchets, a mis au point de nombreuses innovations très malignes et pas très chères. Ce n’est pas adapté à l’Europe, en revanche cela nous permet d’explorer et de développer un autre marché émergent: l’Afrique.

 

En 2018, le groupe Paprec a racheté Ikos Environnement, dont la filiale indienne. Un moyen de prendre pied dans un pays où la gestion des déchets est un enjeu  de taille.

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